Y a t-il un type de milieu sociologique qui prédispose à un engagement dans la Waffen SS ? Je ne le crois pas. Pour la simple et bonne raison que la division Charlemagne a été le reflet de ce que sont toutes les armées du monde, c'est à dire la représentation de toutes les couches sociales d'un pays. On y trouve peut être un peu moins d'engagés venus des milieux agricoles mais il y a nombre d'ouvriers dont les parents étaient communistes qui se sont engagés par vengeance à la suite des bombardements alliés sur certaines banlieues ouvrières. Le passage au national-socialisme est il difficile pour cette tranche de la population ? Ils n'étaient peut être pas préparés idéologiquement au national-socialisme, mais même pour des enfants communistes, je dois dire que le passage fut facile. Et en ce qui concerne votre engagement ? Je suis issu d'une famille profondément anticommuniste et nos parents étaient légitimistes, malgré tout nous n'avons pas été préparés à un tel engagement en ce qui nous concerne il relève d'une attitude passionnelle. L'utilisation du cinéma et de la radio pour les besoins de la propagande national-socialiste agit sur nous comme ces beautés Hollywoodiennes inaccessibles. Que faites vous au début de la guerre ? Je subis une première trahison de la part de l'Allemagne qui me fascinait et qui s'allie avec l'URSS. Je n'ai alors pas d'état d'âme et décide de combattre pour la France et m'engage comme élève officier dans l'aviation. Lors de la déroute, je subis un deuxième traumatisme. Pour nous, la France est vaincue parce qu'elle n'a pas d'armement, parce que la gauche était pacifiste et qu'elle a empêché toute intervention en Allemagne alors qu'elle se réarmait. Lorsque l'Allemagne décide d'attaquer l'URSS en 1941 que faites vous ? Constatant que l'URSS devient l'alliée de l'Angleterre qui n'a jamais bénéficié à mes yeux d'une grande côte d'amour, je rebascule et reviens à mon côté passionnel. En 1942, je monte à Paris et je m'engage dans le national-socialisme. Dans quelles conditions entrez-vous dans la Waffen SS ? Moi et mes camarades pensons alors qu'un renversement d'alliances est toujours possible avec les alliées, de plus lorsque nous signons notre engagement, nous exigeons de ne pas être opposés aux forces anglo-américaires qui comprenaient des soldats français contre lesquels nous ne voulions pas nous battre. Nous étions là avant tout pour combattre les bolcheviks. Que retirez vous de votre confrontation avec l'armée soviétique ? Le meilleur et le pire. Ce sont malgré tout des hommes étonnants. J'en ai vu aller jusqu'à se faire tuer pour protéger leurs prisonniers. Au sein de la Waffen SS ressentiez vous une appartenance européenne ou plutôt allemande ? Nous ressentions plutôt une appartenance européenne, cela dit parmi les dix mille engagés de la division Charlemagne, cent cinquante parlaient à peu près allemand et dix le parlait plutôt bien. On communiquait donc par codes : les chiffres, les saluts, l'heure...etc. Mais tous ça ne crée pas une fusion. Quelle était la valeur combattive de la Charlemagne ? Elle était exceptionnelle dans la mesure où nous sommes montés au front avec pour seul bagage notre matériel d'entraînement. Par ailleurs, on trouve dans cette division des gosses de quinze ans qui avaient été jusqu'à modifier leur extrait de naissance pour s'engager. La division Charlemagne va jusqu'à défendre Berlin en 1945, lorsque l'armée rouge entre et vous fait prisonnier fait elle une différence entre les prisonniers SS allemands et non-allemands ? Non et d'ailleurs le fait que l'on combatte dans la SS en n'étant pas allemand représentait pour les russes une double trahison. A tel point qu'en arrivant à Berlin, certains SS enlèvent leur insigne pour ne pas être identifiés. Ils avaient pourtant leur groupe sanguin tatoué sur le bras gauche ? Non, pas tous. Les deux tiers de la division Charlemagne dont moi-même n'étions pas tatoués, faute de temps. Que se passe t-il ensuite ? Je suis conduit dans les prisons allemandes, puis ramené en France par la sécurité militaire où je suis condamné à cinq ans de prison et dix ans d'indignité national seulement parce que j'étais considéré comme un héros de la guerre de 39. J'avais paraît il des circonstances atténuantes. Après un séjour à la prison de Loos-Lez-Lille, j'ai été transféré à la santé, à Fresne puis Epinal où je me révolte pour avoir refusé d'aider à l'édification de barbelés entourant la prison. On me met en cabane pendant quatre jours et je suis emmené à Clairvaux où j'effectue ce que j'appellerais des travaux d'inutilité publique". Connaissant par relations le directeur de la prison ma condition s'est améliorée. Je reçois plus de courriers, je peux enfin fumer, parler bef c'était Deauville. Je bénéficie de la grâce présidentielle en avril 1948. Devant jouer une pièce de théâtre le jour de ma libération je propose au directeur de lui signer un papier l'autorisant à me garder un jour de plus en échange de quoi je fais porter mes bagages jusqu'à ma voiture.
Lorsque l'Allemagne décide d'attaquer la Russie en 1941 que faites vous ? Lorsque l'Allemagne décida d'attaquer les popovs, j'étais prisonnier de guerre à brandenburg, dans la Havel. Engagé volontaire pour la durée de la guerre à l'âge de 17 ans et demi en septembre 1939, j'ai été fait prisonnier à Fossoy (Aisne) le 11/03/40 et emmené en Allemagne. Dans quelles conditions entrez vous dans la waffen SS ? Pour entrer dans la Waffen SS, j'ai bénéficié de la complicité d'un SS Sturmbannführer qui m'a fait devenir "Volkdeutsch" en faisant fabriquer de faux papiers faisant de ma mère une allemande née à Cologne. Ce subterfuge me permettait de m'engager directement dans la Waffen SS Allemande. (note du webmaster : aucune preuve ne permet d'affirmer ces dires d'autant plus que Gilbert Gilles n'a jamais eu son groupe sanguin de tatoué, chose pour le moins troublante lorsqu'on rejoint une unité allemande Waffen SS dès 1942) Que retirez vous de votre confrontation avec l'Armée Rouge ? De ma confrontation avec l'Armée Rouge, je retiens que ce sont les plus mauvais soldats du monde. C'est la supériorité numérique et les fournitures Américaines qui leur ont permis de nous rejeter vers l'Ouest. Ajoutons a cela les trahisons de nombreux Généraux de la wehrmacht et vous comprendrez notre défaite. Au sein de la Waffen SS ressentiez vous une appartenance européenne ou plutôt allemande ? La waffen SS Allemande était une armée Européenne. Peiper, PanzerMeyer, Max Wünsche et tant d'autres se disaient Européens, au même titre que Boris (lire SS Kommando de l'auteur) et moi-même. Notre Europe à nous était faite sans aucun problème. Le Général Berger lui-même était un Européen convaincu. Quelle était la valeur combative de la "Charlemagne" ? La valeur combative de la "Charlemagne" était pratiquement nulle. Et cela pour plusieurs raisons. La première, c'est que l'entraînement au combat n'avait pas été fait assez sérieusement pour les hommes de la troupe, et pas davantage pour les sous-officiers et les officiers venant de Tolz. le résultat de cette instruction bâclée, nous avons pu le constater dès notre premier contact avec l'armée rouge, au village d'Heinrichwalde. (Gilbert Gilles en critiquant Bad Tolz s'attaque directement à Fenet qu'il n'aimait pas du tout alors qu'il perça les lignes russes en mars 1945 au sein du bataillon commandé par Fenet !) Le vieux Barto (Bartholomei), grâce à son expérience d'ancien de l'armée d'Afrique a pu conduire son unité jusqu'à la distance d'assaut, située dans le cimetière; quand aux jeunes commandants de compagnies "fabriqués" à Tolz, ils se sont fait tués ou ont été inexistants, comme Brazier, mon patron de la première compagnie. La seconde raison du manque de combativité de la division a été l'absence de matériel qui nous avait été promis et que nous devions percevoir à Hammerstein. Aucun véhicule ne nous avait été affecter et aucun blindé de soutien nous accompagnait. Une troisième raison venait saper le moral des combattants, surtout celui des chefs de sections qui ignoraient totalement où se trouvaient les unités de la division, et encore moins les éléments de de l'Armée Allemande (unités lettonnes) qui se trouvaient dans notre secteur. Pendant la retraite vers Belgard et la Baltique chaque colonne se repliait au travers des bois enneigés et des unités blindées de l'Armée Rouge, qui fonçaient également vers la mer Baltique. La division Charlemagne va jusqu'à défendre Berlin en 1945, lorsque l'armée rouge entre et vous fait prisonnier fait elle une différence entre les prisonniers SS allemands et non-allemands ? M'étant battu jusqu'au bout avec acharnement, je n'ai pas été fait prisonnier par les Russes et j'ignore donc s'ils faisaient une différence entre leurs captifs allemands et les Français. certains se sont débarrasser un peu trop vite de leur Sturmgewer devant quelques troufions Polonais arrivant en vélo (ici Gilbert Gilles vise directement De la Mazière qu'il déteste autant que Fenet mais De la Mazière s'est rendu devant des officiers polonais arrivant en véhicule tout terrain après être arrivé au bout des ses forces). Que se passe t-il ensuite au niveau de la réinsertion ? La réinsertion ??..: Sorti du bagne Gaulliste le 20 avril 1948 (jour anniversaire de mon ancien taulier !!..) J'ai été invité à prendre quelques mois de repos chez une baronne, amie de ma mère; j'ai été ensuite Responsable des expéditions en Amérique du sud des Cycles Origan de Fontenay le Comte. Licencié à la Fédération Française de Cyclisme, je participais a des courses amateur dans la Vendée et les environs. En janvier 1949, je suis parti à Alger pour courir le tour d'Algérie Cycliste...
Y a t-il un type de milieu sociologique qui prédispose à un engagement dans la Waffen SS ? Je ne le pense pas : mes camarades venaient de toutes les catégories sociales. Le passage au national-socialisme est il difficile pour cette tranche de la population ? Je ne comprends pas très bien cette question, sans doute parce qu'elle me parait posée en termes trop simples; en outre, il faut s'entendre sur ce qu'on peut nommer le N-S et ce que nous en connaissions alors. Et en ce qui concerne votre engagement ? Mon engagement : au départ, radicalisation des thèmes de la "Révolution nationale", et certitude croissante qu'il faut s'engager pour témoigner. Intérêt et attirance pour tout ce qui est "révolution européenne". Mais davantage d'intuition et d'attirance pour un style de vie que de construction raisonnée. "Nous savions ce que nous ne voulions pas mais nous ne savions pas ce que nous voulions" (Ernst von Salomon "Les Réprouvés"). Ensuite, j'ai mieux compris Que faites vous au début de la guerre ? J'ai 16 ans, exode et bac dans la région du sud-ouest - à la limite de la ligne de démarcation. Lorsque l'Allemagne décide d'attaquer l'URSS en 1941 que faites vous ? J'approuve - mais je ne fais rien encore. Dans quelles conditions entrez-vous dans la Waffen SS ? Origine : franc-garde (engagement en avril 1944 à Paris), décidé, comme tant d'autres de mes camarades, à "aller jusqu'au bout" parce que "notre honneur se nomme fidélité". Que retirez vous de votre confrontation avec l'armée soviétique ? Mon engagement au combat a été très court (une dizaine de jours) pour pouvoir porter un jugement intéressant. Mais, près de six mois dans les hôpitaux militaires soviétiques m'ont laissé une très bonne impression du peuple russe : soins excellents, témoignages de sympathie et même égards particuliers (en parfaite connaissance de cause). Au sein de la Waffen SS ressentiez vous une appartenance européenne ou plutôt allemande ? Européenne Quelle était la valeur combative de la "Charlemagne" ? Simple soldat, je n'ai pas la prétention de porter un jugement. Je dirai seulement que mes chefs (notamment Edmond Walter) m'ont donné ce que je crois être l'exemple d'un comportement de soldat. Y'avait il des dissensions entres anciens de la "Frankreich" et nouveaux de la "Charlemagne" ? Les cadres de ma compagnie étaient d'origines L.V.F : il y eu des bisbilles, pour des raisons diverses, mais cela s'est tassé assez vite. Comment était le comportement des civils Allemands à la vue des Waffen SS Français ? Sur le comportement des civils : plutôt sympathique en voyant que des Français se joignaient à l'effort de défense. Comment était le comportement des soldats Allemands à la vue des Waffen SS Français ? Sur le comportement des militaires Allemands : je n'ai observé d'hostilité que de la part de quelques officiers de la Wehrmacht (refus de répondre à notre salut); mais dans une circonstance particulière, j'ai vu un haut gradé partager son casse-croûte avec nous. La division Charlemagne va jusqu'à défendre Berlin en 1945, lorsque l'armée rouge entre et vous fait prisonnier fait elle une différence entre les prisonniers SS allemands et non-allemands ? Dans les hôpitaux militaires soviétiques évoquées plus haut : sur le même pied que les Russes, des Français, des Wallons, des Flamands, des Italiens; mais pas des Allemands. Que sont devenus les corps de vos camarades tués durant les combats de Poméranie et Berlin ? Je ne peux pas apporter de témoignages de visu, mais je crains que leurs corps aient été jetés dans des fosses communes. Que se passe t-il ensuite (après la capitulation) ? Les Russes ont pris une cuite monumentale. Les anciens de la Charlemagne se sont-ils revus après la guerre ? Oui; en prison, on échangeait les adresses. Pour moi, cela a commencé presque dès ma remise en liberté.
Le 2 mai 1945, dans Berlin en ruine, une poignée de SS français, derniers rescapés de la Charlemagne, combat encore à quelques mètres du bunker où, deux jours avant, Hitler s’est suicidé. A la tête de ces volontaires français, l’Haupsturmfürher Fernet. Il n’a que vingt-six ans. Depuis deux ans il se bat contre les soviétiques sous l’uniforme allemand. En 1940, blessé par les allemands, décoré de la croix de guerre, il a connu la débâcle des armées françaises. En 1945, blessé par les Russes, décoré de la croix de fer, il a vécu la débâcle des armées allemandes. Maintenant, lui et quelque 50 hommes qui lui restent sont encerclés par les « Rouges ». Leur seule satisfaction est d’avoir détruit plus de 60 chars soviétiques en huit jours. A une heure de l’après-midi, ils sont découverts et faits prisonniers. Fernet vient à son tour de perdre la guerre. Trente et un ans plus tard, il revoit la longue route qui l’a conduit dans cette petite ville provinciale. C’est une rue calme, presque silencieuse, ouatée dans le brouillard matinal de ce mois de janvier 1976. Il y a une rangée d’immeubles bourgeois qui furent cossus à l’époque où les décrivit Balzac. Une plaque sur une porte cochère. C’est là. Quelques marches –une pièce assez vaste au parquet ciré- un bureau en bois. L’ancien capitaine SS Fernet n’a guère changé. Bien sûr, l’âge l’a un peu empâté, les cheveux grisonnants sont plus rares, mais l’œil reste vif derrière les lunettes. Il parle d’une voix douce mais très ferme. S’il se tait parfois, c’est pour fouiller sa mémoire, cherchant un nom ou une date. - Lorsque j’ai été fait prisonnier par les russes, j’étais blessé au pied. Or, pendant trois semaines nous avons été baladés dans des conditions très pénibles pour moi, dans les environs immédiats de Berlin. Nous étions obligés de marcher, ce qui n’arrangeait pas ma blessure, il n’y avait ni pansements, ni infirmerie, ni infirmiers. Finalement, nous avons abouti dans un camp au nord-est de l’ancienne capitale du troisième Reich. De là, nous étions supposés être transférés plus à l’Est encore et toujours à pied. Comme je marchais de plus en plus mal, j’ai été expédié à l’hôpital local. C'est-à-dire un hôpital civil, qui ne dépendait pas du camp. Quatre ou cinq autres de mes compagnons étaient dans le même cas que moi. Nous étions soignés par le médecin allemand. Comme ma blessure n’était pas très grave, trois semaines plus tard, j’étais sur pied. Le médecin prévint l’autorité soviétique locale que je devais quitter l’hôpital. Normalement j’aurais dû être reconduit au camp et poursuivre ma marche vers l’Est. Mais les Russes sont très lunatiques. Leur comportement était souvent inattendu. Ils se désintéressèrent de moi et dirent : « puisqu’il est sorti du camp, eh bien qu’il aille au diable ! » Fernet ne se le fait pas répéter. Ainsi, six semaines à peine après sa capture, c’est un homme libre. Si l’on peut dire. Car en France, c’est un condamné à mort en puissance. On lui donne des vêtements civils. Il a entendu parler d’un convoi de rapatriés (prisonniers français, S.T.O) en formation au sud de Berlin. Sans perdre de temps, il part à pied le rejoindre et se retrouve dans un train bondé à destination de la France. Le voyage dure deux jours et deux nuits. Il arrive le 24 juin 1945 à Valenciennes. - Le filtrage policier était assez sévère. Nous devions tous prendre des douches. C’est là que j’ai été reconnu, parce que j’avais mon groupe sanguin tatoué sous le bras gauche. Oh ! bien sur, on ne s’attendait pas à recevoir des couronnes et j’ai été copieusement passé à tabac. SS et, qui plus est, Français, il y avait là tous les ingrédients pour une forte correction. Mais ce qui m’a le plus frappé – au figuré cette fois- c’est cette atmosphère de haine qui régnait alors que et qui n’existait pas lorsque j’étais parti en 1943. Une haine farouche habitait les gens à qui nous avions affaire. Le contraste était net entre cette minorité haineuse et l’énorme majorité de la population qui, à l’époque, il faut bien le dire, ne disait pas grand-chose. Il y avait quelques jours que nous étions au « centre d’accueil » dans des conditions pénibles, lorsqu’on a entendu par la souffrance (lucarne assez haute) de notre cellule des cris de femmes plus ou moins hystériques : - Où y sont ? Où y sont ? Vociféraient-elles. On veut les voir. Où y sont les SS ? « Elles parvinrent à se hisser jusqu’à la « souffrance » pour nous découvrir, et elles furent déçues : - Ah c’est ça ! Ils sont comme les autres ! Il faut reconnaître que le spectacle de quelques bougres en assez piteux état avait de quoi les désappointer. » Quelques jours après, Fernet et ses compagnons de cellule sont transférés en camion au fort de Seclin. Ce camp d’entraînement avait servi sous Vichy et était maintenant utilisé par le gouvernement de la Libération. - Pendant tout le trajet, se souvient-il, les hommes qui nous gardaient se sont amusés à nous taper sur la tête avec le guidon de leur fusil. Le sang coulait sur nos visages et nos gardiens hurlaient : « Le sang, le sang des boche qui coule ! » Je dois vous dire que si j’avais pu m’évader du train m’amenant à Valenciennes, je me serais camouflé en Allemagne, car je savais ce qui m’attendait en France. « Dès l’arrivée au camp de Seclin, l’atmosphère change complètement. Non seulement l’escorte se fait copieusement engueuler par le commandant du camp, mais les prisonniers sont traités correctement et très humainement. Cela durant tout le séjour. « Nous eûmes droit à un petit laïus d’où ressortait une certaine sympathie. Le commandant militaire de carrière, avait délibérément choisi de nous traiter en soldats : - Vous vous êtes foutu le doigt dans l’œil, nous a-t-il dit, mais je sais bien que vous n’êtes allés là bas ni pour l’argent, ni pour le bien-être ! « Le commandant du camp aurait même demandé à ses supérieurs que soit créée une unité militaire avec les anciens de la « Charlemagne », dont il aurait assumé le commandement. Sa requête resta sans écho. « Mais cela nous fit du bien de trouver quand même un peu de compréhension. C’est là que je fus aussi interrogé par un inspecteur de police très correct, qui n’usa ni de menaces ni de brutalités. » Somme toute, Fernet garde un assez bon souvenir de son bref séjour à Seclin. Après cela, il est transféré à la maison d’arrêt de Loos-Lez-Lille, où il restera de juillet à décembre 1945. - L’accueil, à Loos, fut beaucoup plus mitigé. Nous avions droit au régime des bourrades, des coups de clés, etc., mais pas de brutalités de l’ordre de celles de Valenciennes. Pour la première fois, je découvrais l’univers pénitentiaire. Nous étions huit par cellule, avec la tinette. Bref, pendant six mois, je mène une vie de taulard sans histoire ! Peu avant noël, Fernet est à nouveau transféré. Après un arrêt de dix jours à la santé, à Paris, dont deux jours cauchemardesques en cellule d’arrivant, il arrive au bout de son périple, la prison Saint-Paul. - Je suis conduit à plusieurs reprises chez le juge d’instruction. J’ai eu la chance de tomber sur deux magistrats d’une totale impartialité. Presque deux ans se sont écoulés depuis la libération. Les esprits sont plus sereins. Pendant six mois, à cause d’un conflit entre la Cour de justice et le tribunal militaire concernant mon cas –quelle juridiction devait me juger ?- j’attends de passer en jugement. Et un matin de mai 1946, le jour J arrive. Mon avocat, un jeune militant du M.R.P, avec qui j’avais toujours eu un bon contact humain, fut aussi efficace que possible. Quant au président de la cour de justice, il a conduit les débats d’une façon plus sereine et même plutôt favorable. L’un des jurés, me confiera plus tard mon avocat, un communiste, lui avait dit quelques jours avant le jugement : « Celui-là, on ne pouvait pas le condamner à mort, c’est un type bien ! » Et le verdict tomba tard dans la soirée : vingt ans de travaux forcés ! J’étais sauvé. Six mois plus tôt j’aurais été fusillé. Quand j’ai réintégré la cellule de mon quartier à la prison Saint-Paul, les détenus ont crié : « Fernet ? C’est toi ? Qu’est ce que tu as pris ? » Lorsque j‘ai répondu : « Vingt ans », ils ont tous dit : « Bravo ! » A l’époque c’était un succès de sauver sa tête. » Quelques jours plus tard, Fernet est extrait de sa cellule, changé de quartier. Puis on lui tond le crâne. Pour lui, le tour de France pénitentiaire va commencer. Assimilé aux prisonniers de droit commun, le régime très dur au début, s’assouplira au fil des ans et des centrales. La sévérité qu’il subissait avec les autres « politiques » provenait des commissions chargées de vérifier la vie dans les prisons et dont les membres, très politisés, veillaient à ce qu’ils ne soient pas trop bien traités. En ce temps-là, à la Chambre et ailleurs, les communistes continuaient à exiger : « Pas de pitié pour les traîtres. » Eté 1946 : le prisonnier Fernet découvre sa première centrale : Riom, sous-préfecture du Puy-de-Dôme. C’est là qu’avaient été jugés en 1942 Blum, Daladier, La Chambre, Gamelin et Jacomet. Construite en pierre basaltique, toute noire, la centrale est d’un aspect sinistre. Quant à la vie intérieur… - C’est totalement différent de la prison, où l’on vit vingt-quatre heures sur vingt-quatre dans la même cellule. En centrale, les détenus se déplacent souvent. C’est une vie en collectivité, mais en circuit fermé. Il y a les dortoirs, les ateliers d’inoccupés, deux ateliers de tailleurs, deux ateliers où l’on fabrique des sacs en papier et un atelier de couronnes mortuaires. Je suppose que la vie dans un couvent est un peu la même. D’ailleurs les cours étaient des cloîtres, avec des arcades, sous lesquelles nous avions la promenade deux fois par jour. Au début, nous marchions deux par deux en silence. Puis nous avons été autorisés à parler. Quelques mois plus tard, on jouait dans la cour comme des gosses à la récré. Finalement, on a même reçu un ballon. Cette libéralisation assez spectaculaire est due à l’initiative des responsables de la Centrale et aussi à l’aumônier de la prison. Je ne suis pas croyant, mais j’ai eu avec lui des rapports personnels aussi courtois que possible. « L’hiver 1946 a été particulièrement rigoureux et les dortoirs n’étaient pas chauffés…Pour nous laver, avec mes camardes de la SS, nous descendions dans la cour et, torse nu, nous faisions notre toilette au grand ébahissement des gardiens. Il faut ajouter qu’il faisait moins quinze ! Je portais l’uniforme pénitentiaire, qui s’appelle « le droguet » soit, une veste, un gilet et un pantalon en bure tissée, des chaussons, des gros sabots et le calot rond des bagnards. Maurras était à Riom en même temps que moi. » Dans cette centrale, Fernet plie des sacs de charbon et apprend à découvrir l’univers du droit commun. Ces truands pour qui la prison, c’est la maison. Dehors, la liberté est occasionnelle. Elle ne dure qu’un temps et ils en profitent alors au maximum. Il se rend compte aussi que le « maton », au milieu des « droit-co », a d’abord le souci de sa propre sécurité, d’où parfois son agressivité. Enfin, Fernet apprend que la peine capitale est la seule chose qui terrifie les vrais gangsters. A la mi-48, il est transféré à la centrale de Caen. Du moins ce qu’il en reste après les bombardements. Une aile à peu près intacte au milieu des ruines, où viennent nicher les corbeaux qui, le matin, le réveillent en croassant. Son travail consiste à gratter des barreaux de chaise…Il passe là l’hiver 48-49. Ensuite, il est transféré à Eysses, dans le Lot-et-Garonne, où il ne fait que passer, car il est conduit à la centrale de Fontevraut, dans le Maine et Loire, ancienne abbaye, qui servira de prison de 1804 à 1903. C’est là que Fernet apprend que sa peine est réduite à huit ans de réclusion et que, bientôt, il pourra bénéficier d’une liberté conditionnelle. Libérable, il est envoyé à l’extérieur dans une maison de repos et colonie de vacances du ministère de la justice, où il sert les hôtes, les magistrats et leur famille. Fernet se lie d’amitié avec plusieurs d’entres eux : sa libération est arrosée au champagne par les magistrats présents. On est en décembre 1949, Fernet a tout juste trente ans. Il s’agit d’affronter un monde qu’il a quitté à vingt-quatre ans et où la société dominante, issue de la Résistance, n’est pas près d’absoudre un homme qui a non seulement porté l’uniforme allemand, mais les runes de la SS. Il trouve son premier emploi par relation. Son employeur sait d’où il vient. Puis il change de place. Son passé l’accompagne. Trop souvent on le découvre encore. Certains de ses employeurs ne lui en tiennent pas rigueur. Avant et après sa sortie de prison, il aura fait un peu tous les métiers. Sa femme l’a épousé en connaissance de cause. Ses enfants savent qui a été leur père, mais, comme beaucoup de leurs contemporains, ils n’éprouvent pas le besoin de prendre parti dans les querelles qui leur paraissent bien lointaines… Aujourd’hui, Fernet approche la soixantaine, il dirige depuis dix ans sa propre affaire, modeste mais indépendante. Parfois, ses relations apprennent sont passé. D’une façon générale, affirme-t-il, les réactions de curiosité ou de sympathie ont été plus nombreuses que les réactions de froideur ou d’hostilité. Je lui demande si les anciens SS français ont formé une sorte d’amicale officieuse, de confrérie de réprouvés. Pas du tout. - Il n’y a rien de tel en France. C’est par hasard qu’on apprend qu’un tel s’en est tiré et qu’il vit à tel endroit. Il a fallu la publication d’articles et d’ouvrages sur notre aventure pour que bien des familles de camarades tués ou disparus puissent connaître, avec vingt ou trente ans de retard, le sort de celui qu’elles avaient cherché en vain. Tous sont donc restés prudents et discrets et on les comprend. Ils n’avaient que vingt ans en 43 ou 44, mais pour beaucoup de Français, la jeunesse n’est pas cause d’absolution. - Chacun pense ce qu’il veut, rétorque Fernet. Je n’ai jamais demandé pardon ou absolution à qui que ce soit. Qui peut prétendre aujourd’hui avoir le droit d’absoudre, au nom de qui de quoi ? Les jurés résistants de la Cour de justice, devant qui j’ai déclaré que je regrettais rien, ne m’en ont pas tenu rigueur. J’ai un décret d’amnistie individuelle signé de Gaulle. Plusieurs de mes amis sont d’anciens résistants. D’autres résistants, et non des moindres, m’ont témoigné à l’occasion beaucoup de cordialité et de sympathie. Sur le plan humain, nous sommes plus proche les uns des autres que de beaucoup de nos contemporains, et, s’il y a encore une amicale à former, ce sera celle de tous ceux, sans distinction de camp, qui auront eu, depuis trente cinq ans, le courage d’aller au bout de leurs idées. Quand je dis que nous étions pour l’Europe, contre le bolchevisme et la tyrannie de l’argent, je ne choque plus personne. Certes, des divergences idéologiques subsistent, mais il ne se trouve personne pour condamner aujourd’hui mon engagement d’alors au nom des « performances » de tous ordres réalisés depuis plus de trente ans par les vainqueurs de 1945. Si je pense à cette amicale du risque et du courage, ce n’est pas pour le plaisir de se congratuler entre anciens combattants et anciens adversaires, c’est parce qu’elle peut encore apporter quelque chose à des jeunes trop souvent tentés de ne plus croire à rien. » Il y a peu de chance en tous cas que les fils de Fernet connaissent un jour la sensation terrible de la défaite sous l’uniforme d’un ennemi dont leurs compatriotes sont en train de célébrer l’écrasement. http://www.division-charlemagne.net Site d'Histoire sur les formations françaises engagées sous l'uniforme européen de la Waffen SS, les SS Français. De la Französisches SS-Freiwilligen-Grenadier-Regiment, Französisches SS-Freiwilligen-Sturmbrigade (dite Brigade Frankreich), 33.Waffen-Grenadier-Division der SS "Charlemagne" (franz.Nr.1) (Dite Division Charlemagne) au Französisches freiwilligen-Sturm-Regiment der SS "Charlemagne". |